Brasserie Bockor à Bellegem (Belgique) : 120 ans au service de la bière

fdevos 24 octobre 2011 0

Omer-Jean Vander Ghinste, l'actuel patron de la brasserie Bockor

L’histoire de cette brasserie flamande remonte à 1892. Omer Vander Ghinste brasse alors sa première bière, une «Vieille Brune» qui porte le nom de Bellegems Bruin (la Brune de Bellegem). Cinq générations plus tard, la brasserie se porte très bien et commerciale chaque année 75 000 hectolitres répartis entre une Pils remarquable, la Bockor, des bières fruitées de fermentation spontanée comme la Kriek Max et plus récemment une bière blonde de spécialité de fermentation haute, la surprenante Omer.

La brasserie a traversé les âges et les affres de l’Histoire (guerres mondiales, industrialisation, concentration dans le secteur brassicole…) et garde la tête haute. Elle affiche une insolente santé dans un marché toujours plus difficile. Le secret ? Sans aucun doute, le respect d’une tradition familiale qui se perpétue aujourd’hui encore avec la cinquième génération. Dans la famille Vander Ghinste, la coutume veut que le fils aîné porte le prénom d’Omer et qu’il soit le futur patron de la brasserie. Aujourd’hui, c’est Omer-Jean Vander Ghinste qui préside aux destinées de l’entreprise. Le mode de production est aussi atypique. A la brasserie Bockor, les brasseurs utilisent trois modes différents de fermentation, une véritable particularité là où la plupart des brasseries ne fonctionne que selon un mode de fermentation.
Tout d’abord, la fermentation basse pour les bières pils, la Bockor ou la Blauw Export Bier. Ensuite, la fermentation haute pour l’Omer ou la Bellegems Wit (une bière blanche) et enfin la fermentation spontanée pour la Kriek Max, la Kriek Jacobins ou encore la Gueuze Jacobins. «L’air de Courtrai n’est pas différent de l’air de Bruxelles» précise malicieusement Omer-Jean Vander Ghinste tout expliquant la fabrication de ses bières de fermentation spontanée. En effet, il y a des levures sauvages dans les environs de la brasserie qui permettent la fabrication de lambic et de gueuze, comme dans la région de Bruxelles.

Une autre surprise vient des bâtiments. La brasserie Bockor dispose d’une tour, élevée en 1929 pour brasser des bières de fermentation basse. Jusqu’en 1988, toute la production se faisait dans la tour. Aujourd’hui, le grand bac refroidissoir situé tout en haut de l’édifice ne sert qu’à la fabrication des bières de fermentation spontanée. Cette tour, typique des constructions de brasseries dans les années 1920, permet une production en cascade. La fabrication se fait donc par étage. Le brassage se faisait au rez-de-chaussée. Le moût était ensuite pompé jusqu’au sommet de la tour, pour être mis à refroidir dans le bac refroidissoir.
A l’étage inférieur, le moût passait dans une centrifugeuse avant de descendre ensuite vers la fermentation et finalement, tout en bas, vers la garde. L’investissement dans ce type d’installations était très lourd dans les années 20 et certaines brasseries n’ont pas pu s’équiper ainsi pour produire des bières de fermentation basse. Cette tour offre aussi d’indéniables avantages pour la fermentation spontanée. Aujourd’hui, la tour (haute de 28 mètres) ne sert qu’en partie pour la production. Le propriétaire a aménagé des bureaux et installé un magnifique bar panoramique qui s’ouvre sur la campagne. On peut apercevoir les flèches de la cathédrale de Tournai et la frontière française depuis là-haut. Le point de vue est magnifique. Ce lieu est dédié aux visiteurs et à l’organisation d’événements.

La visite se poursuit de l’autre côté de la rue, direction les foudres de chêne qui abritent les différentes bières de fermentation spontanée. Une  dégustation de ces bières fruitées et légèrement acides s’impose. Différents brassins sont soumis à nos papilles pour comparer la maturité des unes et des autres. Il nous tarde toutefois d’en savoir davantage sur cette fameuse Omer. Nous retraversons la chaussée pour nous rendre dans le bar de la brasserie, un véritable estaminet. Le choix du nom de cette nouvelle bière, lancée sur le marché en 2008, saute aux yeux après la visite et la présentation historique. «Pourquoi inventer une petite histoire , nous cacher derrière un nom d’abbaye ou de saint alors qu’il nous suffit de raconter notre propre histoire et de retourner à nos propres sources ? » interroge notre hôte. «Nous avons donc décidé de l’appeler Omer, de ce prénom qui se transmet de génération en génération». Cqfd. Rappelons au passage que la brasserie s’appelait «Brasserie Omer Vander Ghinste » jusqu’en 1977 avant de prendre le nom de «Brasserie Bockor». D’ailleurs de nombreux vitraux des cafés environnants portent encore le nom d’origine. Il était d’usage à l’époque de donner son propre nom à ses bières. Pourquoi lancer une nouvelle bière ? La réponse est aussi claire que la bière est houblonnée : «Nous en avions envie. Nous l’avons mise au point en collaboration avec l’université de Louvain (près de Bruxelles – ndlr). La levure a été développée là-bas aussi. Nous utilisons trois variétés de houblon aromatique, importés d’Allemagne, de Slovénie et de Tchéquie. Une partie de l’orge provient de la Loire. Cette sélection des matières premières lui donne toute sa spécificité » explique Omer-Jean Vander Ghinste. Nous n’en saurons pas plus sur les secrets de fabrication, malgré notre insistance auprès du patron et de son maître-brasseur. Nous apprendrons toutefois que la refermentation se fait avec une autre levure pour éviter que la levure principale soit copiée.

L’Omer Traditional Blond (8% Vol. Alc.) a reçu une médaille d’or lors des European Beer Star Awards le 18 novembre 2009 à Nuremberg en Allemagne. Belle récompense pour cette bière qui venait à peine d’être lancée sur le marché.

La brasserie dispose désormais d’une gamme complète avec l’arrivée de cette bière forte. Alors que le marché baisse chaque année, la brasserie Bockor enregistre une hausse de ses ventes de 2 à 4% avec sa seule Bockor Pils, une bière de fermentation basse de très grande qualité. Il faut dire que la brasserie dispose encore de 300 cafés pour distribuer ces produits. Très honnêtement, la Bockor Pils est remarquable.

Cette passion pour la bière se partage. C’est l’un des principes de la famille Vander Ghinste. Ainsi, il est possible de visiter la brasserie, de circuler dans la tour de brassage et de découvrir la magnifique salle de brassage, toute en cuivre. Un nouveau centre d’accueil est dédié aux visiteurs, assurés de découvrir intégralement la brasserie. Pour s’inscrire, il suffit soit de se connecter sur le site de la brasserie, www.bockor.be ou par téléphone au 00 32 (0)56 23 51 71. Brasserie Bockor : Kwabrugstraat, 5 – 8510 Bellegem. Comptez 35 minutes de route depuis Lille.

 

 

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